Entre les filets de Kiki : dernier chapitre : et la tribale dans tout ça ?

Mois de septembre, voilà la rentrée.

Et ça pullule : la reprise des cours se fait avec beaucoup d’enthousiasme, d’autant plus au vu du contexte…

Pandémie, solitude, l’art interdit etc… Et c’est partout. Tribal par ci, tribal par là. Cours de danse tribale, reprise de la danse fusion tribale, de la tribale bellydance en veux tu en voilà…

Mais… N’était-il pas rendu polémique ce mot ? Et moi ne devais-je pas faire des recherches sur le sujet ?

Parce que c’est bien joli tout ça, mais j’ai la sensation de m’être égarée dans cette histoire à vouloir toujours tout comprendre et ainsi regarder loin, plus loin, trop loin.

Ce qui m’intéresse personnellement, petite chose importante en ce monde, moi, c’est pourquoi je n’ai plus le droit d’appeler ma danse, cette discipline que j’ai eu tant de mal à apprendre, dans laquelle j’ai investi corps et âme, dans laquelle j’ai dépensé tant de temps, d’énergie et d’argent, pourquoi cette danse, ma danse, ne peut plus s’appeler tribale ?

Que s’est-il passé avec ce mot ? Parce qu’au fond tribal ne voulait-il pas simplement dire DE LA TRIBU ?

Si je vérifie dans le dictionnaire c’est tout à fait ça. Tribal signifie relatif à la tribu, un ensemble de gens, comme forme d’organisation sociale. Et une tribu c’est quoi ? Wikipédia nous dit que ,d’un point de vue historique, une tribu consiste en une formation sociale existant avant la formation de l’état. Il s’agit donc d’un système. Et lorsqu’on commence à essayer d’en apprécier le fonctionnement, c’est là que tout se complique.

Les ethnologues voient de nombreuses différences entre conception historique et contemporaine. Certains de ces débats reflètent une controverse autour du colonialisme.

Encore lui.

Je ne m’étais pas tant égarée finalement, mais ,dans ses différences, une notion commune : la culture.

La culture rassemble les gens : les traits de comportements, la spiritualité, le matériel utilisé, l’intelligence mise en commun, l’affectif. Elle est ce qui forme le groupe social. L’appartenance au groupe passe par la culture commune. Et c’est ce qui explique que ça se construit avant l’Etat. Celui-ci s’organise en aval pour mettre en commun des objectifs.

Il y a ensuite l’État, la politique et la domination. Le travail d’observation des ethnologues n’avait qu’un seul but à l’époque : comprendre pour mieux s’imposer. Pour dominer. Sont alors venus les colons, avec leurs propres cultures, ce qui a en partie effacé celles des personnes colonisées, en plus d’effacer une partie de ces personnes directement.

Et nous voilà aujourd’hui dans ce monde, qui s’est approprié le mot TRIBAL.

Et de nos jours, ce mot devient offensant car on prend conscience de ses dimensions historiques.

L’on peut même trouver des notions diverses et variées telle que celle de marketing tribal.

Il s’agit d’entreprises qui utilisent le marketing tribal : l’art de tisser des liens de fidélité entre l’entreprise ou une marque et ses clients en s’appuyant sur la mobilisation de valeurs communes et en créant chez les consommateurs le sentiment d’appartenir à un club privilégié. Le sentiment de cohésion. Le sentiment d’appartenance à un groupe. Ce qui nous manque terriblement dans nos sociétés contemporaines capitalistes basées sur l’individualité. Et nous voulons tous appartenir à un groupe fort et empreint de valeurs communes. Quoi de mieux dès lors que la danse inspirée de ces cultures éloignées ?

Sauf qu’il n’y a pas eu emprunt mais récupération, basée sur un orientalisme et non sur ce que les cultures sont réellement.

Toute la subtilité de ce problème est là : Pour que le métissage se fasse, il fallait d’abord en déposséder quelques-uns et à regarder l’histoire de la danse tribale, il n’y a aucune vérification ou justification historique.

J’ai beau chercher les origines je ne trouve que des erreurs. Ça a commencé avec “l’arabic”. Les concernées ont eu du mal à me l’avouer, moi qui croyait tellement que le nom allait de paire avec son origine. Je me souviens de la trahison que j’ai éprouvé le jour où l’on a tous compris qu’il s’agissait d’un fantasme collectif. J’ai alors vérifié mes sources au lieu de prendre pour acquis ce que les professeurs m’ont dit.

Et j’ai trouvé de nombreux exemples : pourquoi appeler un pas le “berber walk” quand celui ci n’a rien de berbère. Mais rien du tout. Nous serions-nous trompé à ce point ?

Il suffit de lire la Tribal Bible pour voir les erreurs historiques. Utiliser des cartes coloniales comme référence pour les costumes et maquillages quand on sait qu’elles représentent l’exploitation, et notamment sexuelle, d’enfants est un problème d’éthique des plus grave, en autant vu le prix du bouquin (merci Jeff).

Alors, peut-être qu’à une époque où Internet n’existait pas les informations se sont transmises avec beaucoup d’erreurs et qu’aujourd’hui l’on en paye les conséquences. C’est à présent à nous de réparer ce bordel généré par nos ancêtres, qui ont sans doute eux aussi voulu bien faire. Tout le monde peut se tromper. Et tout le monde peut repartir sur de meilleures bases. Aujourd’hui c’est à nous de décider ce que l’on fait de cette notion de tribal, qui va au-delà de sa définition première et a été sali par les actes humains, violé tel la svastika, et qui fait désormais résonance à l’injustice laissée par le colonialisme, et cette idée de nations supérieures.

Alors je réfléchis, je me questionne également : moi qui ai toujours cherché là dedans cette notion de communauté serait il juste d’utiliser ce terme quand il divise autant ? Ne serait-ce pas plus respectueux que de laisser tomber ce -pour l’instant- “vilain mot”? De travailler à renforcer, à réunir les communautés ? Et y revenir ensuite, une fois ce challenge réussi ? Y parvenir réellement, ensemble, dans le respect et l’amour, ce dont nous avons tous cruellement besoin.

Oui Tribale je dois aujourd’hui te dire aurevoir… pour un temps. Car je t’aime d’un amour sincère mais j’aime l’humain encore plus, d’un amour inconditionnel.

A bientôt peut être.

The Sacral Heyem
The Sacral Heyem

A cute kind of wierdness you can not understand.

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Un commentaire

  1. N EST CE PAS UN ARTICLE GENIAL QUI RESUME BIEN LA SITUATION DU MOT TRIBAL EN DANSE. CETTE RECHERCHE EXHAUSTIVE D AURORE NOUS REPLACE DANS LA SITUATION.
    DANS CETTE SOCIÉTÉ HYPERSOPHISTIQUEE POLITISÉE OÙ TOUT FACTION VEUT S APPROPRIER DES DROITS SUR TOUT.
    POUR MOI IL EST CLAIR QUE LE MOT TRIBAL SE RELEGUE A LA TRIBU ET LAISSONS LUI SON ORIGINE SIMPLEMENT ET AU PEUPLE A QUI IL APPARTIENT
    SORTONS DE L EGO ET DONNONS A CESAR CE QUE EST A CESAR
    CES GENS EGOIQUE QUI VEULENT TOUT S APPROPRIER SOIT EN DANSE OU AUTRE NOUS DEMONTRENT BIEN UNE BATAILLE INUTILE.
    RESTONS DANS L HONNÊTETÉ ET L ESSENCE MÊME DE LA DANSE TRIBALE
    MERCI AURORE POUR CETTE RECHECHE QUI REMET LA PENDULE A L HEURE

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